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  • Jérôme Puech

Paroles de citoyens oubliés


Jean-François (à gauche) et Pierre (à droite)


Jean-François, Nicolas, Pierre et Jérôme membres de Magna Nîmes sont allés samedi 30 juin à la rencontre des habitants de Valdegour à Nîmes dans le but de recueillir la parole citoyenne pour ensuite nourrir un nouveau projet pour la ville.


Un article du journal Libération l’avait appelé « La cité désertée » il y a 6 ans. Depuis le quartier de Valdegour et ses 4 500 habitants semblent toujours en proie aux mêmes difficultés : taux de chômage record, services publics et commerces de plus en rares, tissu associatif en difficulté… Des membres de Magna Nîmes (Jean-François, Nicolas, Pierre et Jérôme) ont décidé de se rendre sur place pour écouter les citoyens ce samedi 30 juin toute la journée. Jean-François, ex-créateur du journal de Valdegour, a joué les guides dans un quartier qu’il aime particulièrement pour y avoir travaillé pendant de longues années au service des autres. « J’aime les gens de Valdegour » s’est exclamé Jean-François.


Manque de commerces et de services publics


Nicolas et Jean-François à la boucherie


Justement avant notre tournée, nous croisons l’équipe du journal de Valdegour qui se dirige avec des habitants vers les Cévennes pour un week end nettoyage des rivières et détente. On enchaîne avec les commerçants de la place Pierre de Fermat. Yacine nous rappelle que nous sommes en ZUP « Zone Urbaine Prioritaire, comme les handicapés » relève-t-il. Il tient un local associatif sur la promenade Newton, « Les anciens de Valdegour ». Les jeunes viennent se retrouver pour boire un café et ainsi éviter de « zoner ». Les habitants sont unanimes pour dire qu’il manque une superette digne de ce nom. « Quand je vois les personnes âgées remonter difficilement de Pissevin avec leurs courses, j’ai honte ! » nous confie un autre homme. Jérôme tient une petite épicerie « Valexotique ». Il assure aussi une médiation pour le compte des sapeurs pompiers. « On n’est pas loin de l’Apartheid » ici indique le commerçant. Le pharmacien se réjouit de la présence du centre médical occupé par quatre médecins. Une fierté. Depuis trois ans, il n’a fait l’objet d’aucune dégradation.


Côté services publics, le poste de Police est vécu comme « des policiers enfermés dans leur local » nous dit Mourad. Leur propre prison. Paradoxal. Ils ne sont pas là après 17h ni le week end. « Une fois, j’ai appelé SOS médecin. Ils ont refusé de venir. J’ai du aller en voiture dans un endroit où le médecin m’a rejoint » nous indique un autre habitant. La Poste n’est pas ouverte toute la journée, seulement mardi et vendredi toute la journée. « Si elle venait à fermer, nous aussi on ferme » souligne Shamseddine, commerçant depuis 8 ans avec le Cyberphone.


Un vivre ensemble à améliorer



La question du vivre ensemble est posée régulièrement dans les conversations. Karima aimerait que « les comportements changent enfin ». Elle trouve les gens pas assez ouverts sur les autres. Chaque communauté est repliée sur elle-même. A l’image de la société, les habitants sont devenus plus individualistes, plus égoïstes. Ajouter à cela un manque évident de mixité, le quartier de Valdegour souffre avec des liens sociaux plus rares. Pour Ali, « le mélange est dur entre les communautés ». Pour lui, l’ascenseur social ne fonctionne pas. Licencié de la SAUR au lendemain des événements de Charlie Hebdo, il note une vraie discrimination dans l’accès à l’emploi et aux entreprises. Notre équipe Magna Nîmes avait choisi ce samedi 30 juin car il était prévu une fête des quartiers ! Les animateurs de la ville étant en grève et les associations partenaires solidaires du mouvement, la fête sur Valdegour n’aura pas lieu. Le centre social de Valdegour, écrasé par la chaleur, est fermé. Les habitants expriment une inquiétude sur les activités prévues cet été. Auront-elles lieu ? Un responsable associatif nous confie que les jeunes sont de plus en plus livrés à eux-mêmes. Ce sont les jeunes de 12-13 ans qui posent problème le plus souvent. Le taux de chômage dépasse les 50% chez les jeunes de 18 à 25 ans. « Il faut du boulot pour nos jeunes ! ». Cette phrase sera répétée plusieurs fois dans nos échanges. Un jeune nous dit fièrement : « moi je suis vigil à Lidl aux 7 collines. Je suis fier de te dire que mon casier est vierge ».


Transports et cadre de vie


Jean-François, Jérôme et Pierre


Les cages d’escalier de la promenade Newton sont relativement bien entretenues. Les boîtes aux lettres ne sont pas dégradées. Mais ces observations faites, cela n’empêche pas Djamel de noter « que les gens sont sales, ils jettent n’importe quoi ». Noureddine se plaint des parkings pas suffisants. Habitat du Gard ne veut pas fermer les garages. « Du coup des voitures se garent devant mon garage alors qu’elles n’ont rien à faire là ». « Notre porte d’entrée d’immeuble n’a jamais pu être fermée » poursuit-il. Un commerçant fustige « Habitat du Gard est plus rapide pour réclamer les charges que pour répondre à tes réclamations ». Ahmed a été choqué par un cambriolage dans son appartement. « Je n’ai plus confiance quand je pars en vacances ». Ali souligne des interphones qui ne fonctionnent pas depuis un an. Habitat du Gard dispose d’un bureau sur place. C’est déjà ça. Enfin, la question des transports se pose avec des bus qui ne montent pas toujours jusqu’à Valdegour pour cause de grève ou de mise en retrait suite à des incidents. Les bus ne fonctionnent plus après 20h-21h nous dit un habitant qui se sent enfermé ici.


Pour conclure, les revendications semblent être les mêmes depuis des années : de l’emploi, des commerces et des services publics de proximité, des lieux et des moments pour créer du lien social entre les habitants, une prise de conscience collective pour respecter les autres et l’endroit où chacun vit…Certaines personnes ont évoqué avec nostalgie les premières années à Valdegour. « On avait le plus beau quartier de Nîmes avec une vue incroyable ». La vue est pourtant toujours aussi incroyable. Il s’agit de changer notre vue de ces quartiers avec les habitants qui le veulent.


Jérôme Puech

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